Mission 1 : Au commencement

Début septembre 1941, tout le monde débarqua sur les quais du port de Rangoon. Le voyage avait été particulièrement long et ennuyeux depuis la baie de San Francisco. On avait bien essayé de faire monter clandestinement des filles sur notre bateau à Honolulu, sans succès ! On avait sifflé des officiers anglais à Singapour, on avait joué au golf dans nos chambres d’hôtel. Tous les soirs, le gin et le tonic coulaient à flot dans le restaurant, au milieu des filles délurées. Imbibé d’alcool, l’un de nous fit l’erreur d’expliquer notre mission à un correspondant de presse américain. Cinq jours plus tard, un journal relatait que trente Américains arrivés de New York et à destination de Rangoon allaient aider les forces aériennes chinoises. De nombreux avions étaient déjà sur place, et d’autres en route. En matière de discrétion, on aurait pu mieux faire.

Il était prévu que les pilotes américains arriveraient durant l’été. La mousson ralentit notamment leur déploiement, la base qui leur était destinée ayant été détrempée durant plusieurs semaines. Mais Chongqing ne les attendit pas pour tomber sous les coups des Japonais. Les Soviétiques qui avaient déjà tant aidé les Chinois n’étaient plus de la partie : Hitler avait signé un pacte de non-agression avec l’URSS, ce qui poussa Staline à redéployer ses composantes aériennes. Les Betty G4M et leur escorte traversaient désormais le territoire chinois sans craindre presque le moindre accrochage.

Les membres de l’AVG (American Volunteer Group) furent finalement envoyés dans une vallée, sur un terrain d’aviation en Birmanie, près de Toungoo, à l’issue d’un arrangement avec la RAF (Royal Air Force). Après un périple en train de 175 miles depuis Rangoon, nous arrivâmes dans ce nid « douillet ».

L’endroit est réputé pour sa virulente malaria, les poussées de fièvre soudaines et surtout pour l’intensité de la dysenterie. Les seuls avions qui sont parqués sur la base sont des Blenheim du 60 squadron de la RAF.
A Toungoo, la vie suit son train. Les rues sont étroites, avec des habitations et des magasins avec pignon sur rue, le tout étant construit en bambou. Il y a un vendeur de liqueurs, et aussi un hôtel. Enfin, un bordel.
Si vous cherchez un restaurant, il n’y en a qu’un, c’est celui qui se trouve dans le bâtiment en brique qui fait office de gare ferroviaire. 23000 habitants vivent ici, avec parmi eux quelques milliers d’Indiens, quelques centaines d’Occidentaux. L’essentiel du commerce se concentre sur le teck, arbre tropical ramené de la jungle par des éléphants et des groupes de « coolies » (les travailleurs indiens).
Attention, Toungoo est le quartier général de la 1st Burma Division. Les huiles vont souvent dans le Gymkhana Club pour jouer au golf, au tennis, au billard, ou pour boire du whisky coca. La cravate noire est de rigueur, si vous voulez entrer et discuter avec de belles femmes. Le dimanche, l’église de Saint-Luc vous accueillera volontiers.

Six miles plus au nord, passe une route à proximité du terrain d’aviation. La piste est en bon état, avec une tour de contrôle fonctionnelle, des aires de parking et des baraquements en teck et en bambou. La nuit, la moustiquaire est de rigueur ! Le confort est spartiate, les lits semblent être taillés pour des enfants. Dessus est inscrit « Au service de sa Majesté ». Des ventilateurs fonctionnent lorsque le groupe électrogène le veut bien. Inutile de vous dire que l’air est souvent irrespirable, et que la chaleur est extrêmement pesante, surtout lorsqu’on a une diarrhée subite.
Ce genre de problème est d’autant plus rageant, que nous avons une présence féminine, et quelle présence ! Certes, elle est mariée, avec Harvey Greenlaw, ici présent dans l’exécutif. Mais elle s’appelle Olga Greenlaw, et tout le monde dit qu’elle est absolument ravissante, magnifique. Ses yeux sont d’un vert, dont vous me direz des nouvelles ! Je crois qu’on a trouvé notre sex-symbol.

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Tous, à son arrivée, ont demandé si elle avait un fiancé. Hélas, oui.
Chennault nous a interdit d’utiliser les véhicules. La bicyclette est la règle, pour aller boire un coup à Rangoon, ou passer à l’hôtel… bordel.
Il y a deux salles de mess, une pour les pilotes, l’autre pour le personnel au sol. En fait, il faut plutôt dire, il y en avait deux. Parce que ce sont devenus des buvettes.

Tous les matins, réveil à 05h30 ! On est là pour bosser, et pour s’entraîner ! Le Colonel nous a beaucoup parlé des chasseurs japonais. En particulier du Zero. On a l’impression qu’il l’a affronté pour de vrai, tant ses remarques sont précises. La tactique des pilotes japonais est simple : attaque par l’arrière, apporter la confusion, disperser la formation ennemie et descendre ses avions un par un. Chennault a insisté sur le fait qu’il faut oublier les tactiques employées en Occident par les Américains ou la RAF. Ici, on attaque les chasseurs manoeuvrants par paire, les bombardiers par trois. Toujours plonger sur l’ennemi, ouvrir le feu avec les canons de nez, rajouter les mitrailleuses en se rapprochant, continuer à piquer avant de recommencer la même chose de nouveau. Selon lui, si l’on arrive à détruire 10% d’une formation de bombardiers japonais, il promet qu’ils réfléchiront à deux fois avant de revenir. Si l’on en tombe 25%, ils s’en iront pour toujours.

Le 26 octobre 1941, les hommes de la base ont repéré un avion intrus, argenté, faisant quelques cercles avant de s’en aller. Le lendemain, cinq nouveaux avions de reconnaissance firent leur apparition. Autant de P-40 prirent l’air, mais aucun ne put les rattraper.
En novembre, on s’est surtout attardé à ravitailler la base en bonne et due forme. Des centaines de milliers de cartouches ont été amenés depuis Rangoon. La buvette a aussi eu son lot. On est rassuré : 19 caisses de Whisky, 21 de bourbon. Dix caisses de Camel, cinq de Lucky Strike. Et 432 boîtes de prophylactiques, parce qu’on le vaut bien !

Ah oui, j’oubliais : comme toute escadrille qui se respecte, nous avons des animaux de compagnie ! Deux chiens, qui s’appellent Joe et Camco (private joke, puisque c’est sous ce nom qu’a été initié l’AVG).

John William qui assurait une partie de la logistique écrivit :
« Depuis quelques semaines, j’ai trouvé qu’une partie du personnel… était toujours saoul à l’hôtel, et ce n’est pas le pire. Plusieurs fois, ils furent complètement ivres en ville, au point que l’un d’eux perdit totalement la tête et piqua le hachoir d’un cuistot dans l’intention de tuer une femme avec, mais heureusement, il fut empêché de blesser qui que ce soit… Il n’est pas très coutumier qu’une organisation militaire se permette d’emmener des filles dans les chambres à coucher de l’hôtel. Cela pourrait entraîner une certaine mésentente avec le public, et dans le même temps, plomber notre réputation… »

Ces problèmes ont vite été considérés comme secondaires, après le 7 décembre 1941. L’attaque de Pearl Harbor a consterné tout le monde. Au petit matin du 8 décembre, Chennault marchait le long de la piste de Toungoo. Quelques nuages parsemaient le ciel rosé par l’aurore. Un radio accourut, un papier dans la main. Aussitôt après l’avoir lu, le Colonel se dirigea vers le quartier général. L’AVG était sur le pied de guerre. Alerte une minute. Les soldats chinois étaient devant nos avions, baïonnette au canon. A partir de ce jour, Chennault proposa à Olga d’écrire l’histoire de l’AVG au quotidien, pour 150$ par mois. Pendant ce temps, les Japonais bombardaient Hong Kong. Et dès ce jour se posait la question dans les hautes sphères de l’Armée américaine, s’il ne fallait pas intégrer l’AVG à une task force américaine.

Nous sommes le lendemain, le 9 décembre. Au milieu de la nuit, à 3h30, la sirène a sonné. Un P-40 s’est vautré au décollage, en pleine nuit. La mission a été sans résultat. A la lueur du jour, il a été décidé par le Colonel de mener une reconnaissance sur l’aérodrome japonais de Chiang Mai (M-10). Un Tomahawk a été équipé d’une caméra Fairchild britannique, dans le compartiment à bagage, sous le fuselage. Par contre, tout l’armement des ailes a été retiré, pour que « l’avion photo » puisse être plus rapide que n’importe quel intercepteur ennemi. Six autres P-40 l’escorteront.

Pour parachever l’entraînement des pilotes, Chennault a préparé un petit exercice, destiné aux derniers pilotes arrivés. Attention tout de même, vous volez désormais en zone fortement hostile ! Il s’agira d’effectuer une navigation par paire sur plus de 100 km (62 mi) avec un point tournant, en respectant le chrono et le cap indiqué à l’avance. Interdiction de changer le cap de plus de 20° par rapport à celui indiqué, ou bien l’exercice sera considéré comme un échec. Ensuite, vous pourrez vous entraîner au strafing dans une zone délimitée. Une concentration de maquettes de véhicules en bois a été installée par les coolies la semaine dernière, sur l’ordre du Colonel. Vous recevrez les dernières informations avant le décollage.

Enfin, quelques pilotes chinois prendront l’air dans leurs Hs-123 (Fiat Cr.42) pour patrouiller au-dessus de la rivière Yu. A côté de celle-ci se trouve la route de Birmanie, et plusieurs convois de camions sont en train de la remonter.

Disponibilités : 1 P-40 B+6 P-40 C, 4 P-40 C et 4 Hs-123 (Fiat Cr.42)

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Rapports des pilotes

AV_Partizan

Dispo et position: N°3 des P40, escorte avion Reco (Storm (reco), Riri (lead), Vick, Partizan, Bolger, Pilax, Warpig

Statut fin de mission: RTB

Revendications: néant (hélas… alors qu'un jap de reco nous étais annoncé servi sur un plateau par la tour…)

Récit: Déco à 5h20, Riri splitte le dispo avec Pilax et Warpig en escorte rapprochée de Storm. Nav sans histoire jusqu'en Mike 9. Accrochés par la flak à 13000 ft. Rotation près de la cible. Puis rtb. Posé 6h15.

AV_Bolger

Dispo et position: N°4 des P40, escorte avion Reco (Storm (reco), Riri (lead), Vick, Partizan, Bolger, Pilax, Warpig)

Statut fin de mission: RTB, avion (un peu) endommagé à l'atterrissage.

Revendications: rien

Récit: Beaucoup de difficultés pour moi dans la tenue du vol en formation à l'aller. Et au retour, c'est la catastrophe. :-/ Je perds de vue le reste du dispo un bon moment, étant trop en avant du groupe. J'atterris le dernier, quelque peu brutalement après un rebond malheureux, et j'endommage mon appareil. J'ai bien peur que les mécanos m'en veuillent un moment… Je m'en doutais un peu, mais le mormon que je fus va devoir faire des efforts importants pour retrouver l'esprit grégaire qu'il voulait oublier en rejoignant les AVG, surtout en ce qui concerne le vol en troupeau (pardon, en formation).;)

AV_Kasp

Dispo et position: Hs-123 n°3 (Nyv, Bigbang, Kasp)

Statut fin de mission: RTB

Revendications: Rien

Récit: Patrouille sans incident au-dessus du fleuve Yu. Nous avons vu plusieurs convois remonter le fleuve, ainsi que de multiples incendies au coeur de villages.

AV_Warpig

Dispo et position: N°6 des P40 en escorte de l'avion Reco (leader : Riri)

Statut fin de mission: RTB

Revendications: Le sentiment du devoir accompli. Quelques billets verts en plus n'auraient pas été de trop, mais on s'en contentera. Pour le moment !

Récit: Ailier de Pilax, Riri nous laisse tous les deux en protection rapprochée du P-40 reco de Storm, pendant que lui et ses quatre ouailles surveillent le ciel de plus haut. Notre nav' à 10 000 pieds se déroule sans incident, bien que je rencontre les pires difficultés à trouver le bon régime pour ne pas overshooter Pilax et Storm. Quelques flocons de dca jap' nous accueillent au-dessus de la base. Clic-clac Kodak, Storm tire le sale portrait des autochtones et file ensuite droit vers l'ouest. Nous le suivons, priant croiser la route de l'avion de reco japonais signalé un peu plus tôt… Mais non. Posé sans encombre derrière Storm.

AV_Nyv

Dispo et position: Hs 123 Leader (Nyv, BigBang, Kasp)

Statut fin de mission: RTB

Revendications: N/A

Récit: On décolle juste derrière nos amis cowboys, grimpette à 1500m (histoire d'être hors de portée de l'artillerie) et prise de cap au 130 direction la Yu. Apercevons divers villages en flamme sur la route, on entre bel et bien en zone de guerre. Arrivé en Fox 6, on se fait gentillement allumer par des tireurs isolés (finalement on était peut être pas hors de portée),calibre inconnu, BigBang est touché, sans gravité semble t-il. D'autres incendies dans les villages le long de la Yu, notamment Golf 6; 2 convois repérés sur la piste aux alentours de Golf 7. On nous signale un jap à haute altitude en Hotel 8 cap vers l'est, à peu près 10 bornes au nord de notre position; mais c'est 10 bornes de trop et trop haut pour avoir une chance d'interception avec nos brouettes non pressurisées.. Fin de la zone de patrouille Hotel 8, on prends un cap retour. RAS sur la route du retour.

AV_Storm

Dispo et position: P-40B reco

Statut fin de mission: RTB

Revendications: 3 Photos de reconnaissance de la base ennemie basée en M-10

Récit: Décollage sans histoires, puis prise de cap au 100 en montant à 10.000 ft. Arrivés sur la cible par le sud, nous essuyons de nombreux tirs de dca lors de la passe photo, ce qui m'empêche de faire une seconde passe plus bas pour photos rapprochées. Dès la reconnaissance effectuée, nous prenons un cap RTB. Retour sans problèmes, puis atterrissage après 55mn de vol

Compte-rendu

Historiquement

Le 9 décembre 1941, six Tomahawk prirent l’air pour escorter un septième P-40 désarmé des mitrailleuses d’aile, équipé d’un appareil photographique. Ils se dirigèrent vers l’aéroport de Chiang Mai, situé derrière une chaîne de montagnes, à 175mi à l’est de Toungoo. La reconnaissance ne put permettre de déceler une activité militaire intense sur l’aérodrome.

les_autruches_en_campagne/les_campagnes/avg/mission1.txt · Dernière modification: 2008/10/21 12:27 par av_storm
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